Cette année, le Festival 666, toujours implanté à Cercoux, en Charente-Maritime, s’est tenu du 7 au 9 août inclus. Soleil, chaleur et gros sons furent bien entendu au rendez-vous, malgré quelques aléas météorologiques.
Le Festival 666 fait partie de ces événements musicaux à taille humaine dans laquelle il est toujours plaisant de revenir, d’autant que l’accueil y est toujours fort sympathique. Cette année ne dérogea pas à la règle, et nous fumes une fois de plus ravis de couvrir ces trois jours de fête.
Vendredi 7 août
Le groupe Darken eut la lourde tâche d’ouvrir le bal. Son heavy metal saupoudré de power metal chauffa progressivement le public, encore clairsemé devant les crash barrières en ce début de chaude après-midi. The Broken Horizon prit le relais dans un tout autre registre, ayant opté pour un metalcore aussi brutal qu’efficace. Nous continuâmes ensuite dans la même mouvance musicale via le set de Ice Sealed Eyes, qui nous gratifia de quelques envolées atmosphériques de belle facture.
Dans un tout autre registre, les belges de Brutal Sphincter amenèrent une certaine touche d’humour par leur goregrind toujours aussi déjanté et loufoque. Un changement qui vint à point, tant j’ai tendance à me lasser rapidement du hardcore et de ses dérivés. Nos joyeux drilles laissèrent la place au trio féminin de Grandma’s Ashes, dont le concert me toucha guère, sans doute du fait d’un manque évident de communication avec le public, mais aussi parce que je suis peu sensible à leur stoner rock que j’ai toujours trouvé ennuyeux. Après une brève pause, retour au deathcore par le biais de Ten56, toujours aussi dynamique et explosif sur scène. Cerise sur le gâteau, Julien Truchant, alias la voix de Benighted, fut invité à les accompagner un moment sur scène. Ce fut ensuite au tour des allemands du quintet Heaven Shall Burn de nous distiller leur deathcore nuancé et précis, parfois saupoudré d’une pincée de thrash : une prestation carrée, sans faute.
Nous continuâmes dans la mouvance « core » avec le groupe suédois Imminence, auquel le violon du chanteur Eddie Berg apporte une certaine originalité. Mais quel dommage que leur passage ait été desservi par des éclairages minimalistes, très contrastés et sans nuance ! J’ai ensuite fait l’impasse sur Rise Of The Northstar, refusant comme toujours de signer leur « contrat » aux exigences toujours aussi ubuesques et prétentieuses, avant de clore cette première journée en compagnie de Revnoir, dont le metalcore ne me laissa pas un souvenir impérissable.
Samedi 8 août
Bien décidé à corriger le bilan en demi-teintes du vendredi, trop « core » à mon goût, j’espérais retrouver dans cette deuxième journée une certaine diversité. Voeu exaucé, avec l’entrée en scène de Fanalo, projet de hard rock progressif du guitariste Stéphane Alaux : technique, intéressant et pertinent ! Changement de cap ensuite avec Kibosh, dont le hardcore fait rapidement mouche auprès du public, qui enchaîna les circle pits et autres réjouissances. A contrario, je me sens toujours aussi peu concerné par le pop-punk de Mirabelle qui suivit, avant de céder la place aux parisiens d’Imparfait, entité de rock-metal alternatif menée avec brio par sa charismatique « frontwoman » Prisca Kalengay. Il s’ensuivit un set très varié, agrémenté de multiples influences allant du rock au metal, ponctué de passage rappelant l’indus, voire même le disco : un grand écart musical très efficace !
Quant au concert de Solitaris qui suivit, j’avoue que leur metal moderne ne me toucha guère. Sans doute suis-je las des groupes qui jouent tout le temps masqués ou cagoulés. Fort heureusement, le trio Future Palace, chantre allemand du post-hardcore, emmené par sa chanteuse Maria Lessing, nous offrit une prestation haute en couleurs, servie par une remarquable performance vocale. Cette allégresse se poursuivit par le concert d’Heriot, guidé par son explosive chanteuse Debbie Gough. Les américains de Fit For An Autopsie attisèrent ensuite le brasier par leur deathcore brutal et technique. Dommage que les éclairages de scène ne furent pas à la hauteur de leur prestation.
Alors que nous apprêtions à poursuivre cette belle journée devant le concert de l’australien Kim Dracula, le ciel fit des siennes et nous expédia une tempête qui mit un terme aux festivités. Saluons au passage l’efficacité du service de sécurité qui réussit à évacuer du site deux à trois milles personnes en moins de dix minutes. Une performance tout aussi digne que celle des musiciens qui jouèrent ce samedi. Demain sera un autre jour…
Dimanche 9 août
Durant une bonne partie de la nuit de samedi à dimanche, nous étions sur le parking du festival, dans l’attente de savoir si, du fait de la tempête, les concerts allaient reprendre ou bien seraient annulés pour des raisons de sécurité. Mais la peur fut bien pire que le mal et les festivités reprirent. Nous initiâmes donc cette dernière journée de festival par le concert du duo Earthquake, qui nous offrit une belle dose de fraicheur et d’enthousiasmes juvénile, puisque le chanteur-guitariste Marceaux, âgé de seulement 15 ans, est accompagné à la batterie par Lino qui, du haut de ses 12 ans, nous asséna des rythmes soignés et soutenus. Hardwired poursuivit par son rock très énergique aux rythmiques martelées avec force : excellent pour raviver les cœurs suite aux fortes émotions de la veille.
White Sofa prit ensuite le relais. Son metal indus, fort bien emmené par le chanteur Gauthier qui, pour l’occasion, sembla monté sur ressorts, ne laissa personne souffler. Une belle prestation qui mit tout le monde d’accord. La suite nous amena vers le hardcore, sous la houlette des montpelliérains de Spleen, qui exécutèrent brillammen leur set, avec une partie rythmique puissante et réglée comme une horloge suisse. Nje m’accordai une pause en faisant l’impasse sur le concert de Vertex, avant de retrouver le pit photo pour le passage de Mars Red Sky. Or, bien qu’habituellement peu sensible au stoner teinté de consonnances heavy metal de ce trio, j’ai trouvé leur concert rondement mené et d’une remarquable précision.
Il s’ensuivit un gros changement d’ambiance, personnalisé par les suédois de Soen, dont le metal progressif, emmené par la très belle voix de son chanteur Joel, bénéficia d’une excellente qualité sonore qui, ajouté à la très belle prestation du groupe, constitua sans doute l’un des meilleurs moments du festival. Quant au concert d’Alcest, je l’ai trouvé un peu trop froid à mon goût, malgré la belle décoration de la scène. Le constat fut un peu identique à propos du set d’Igorrr qui, bien que parfaitement maîtrisé, sans doute trop « mathématique », manqua d’une certaine authenticité humaine. La soirée s’acheva sur l’excellent concert de Soulfly, dont el groove metal, survolté et orchestré par un Max Cavalera très en forme, permit de clôturer en apothéose ce millésime 2026 du Festival 666.
Pascal Druel
Propos recueillis par Maryse Glon
Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière, amoureux d’images et photographe au quotidien, j’explore depuis plus de 30 ans la photographie sous diverses formes (prise de vue, développement et tirage argentique, contrôle qualité, repique, traitement et retouche numérique, graphiste, prise de vue, formateur, photographe indépendant). En outre, je collabore occasionnellement avec Chasseur d’Images (magazine pour lequel j’ai été rédacteur pendant une douzaine d’années), signe des ouvrages (publiés aux Editions Eyrolles), réalise de multiples prestations photographiques (books, reportages, mariages) et couvre en images de nombreux festivals et concerts (150 à 200 scènes par an).